Article


© Anton Jankovy
+ Déjà dans mes favoris
+ Ajouter aux favoris

PUBLIÉ LE 03/10/2017
  • Catherine Maillard
    Auteur

A RETROUVER DANS

Inexploré n°35

Synchronicité, la clé pour percer les mystères du temps
Magazine » Entretiens

Se relier : aux autres, à soi, au coeur du vivant

Exploratrice de la conscience, Isabelle Padovani choisit de réunir deux axes primordiaux pour notre évolution : les plans relatif et spirituel. Son approche innovante, la « Communification », ouvre la voie de l’unité pour enfin goûter en conscience à la véritable nature de notre être.

Bio express : Née en 1964 à Nice, Isabelle PADOVANI travaille en centre hospitalier avant de se lancer dans une quête spirituelle et humaine aux multiples chemins. Aujourd’hui elle enseigne dans les domaines spirituel, relationnel, thérapeutique et énergétique. Elle a créé la « Communification », dont l’intention est d’unifier plans relatif et absolu, par des pratiques emblématiques telles que la Communication NonViolente et la Voie Directe.


Enfant, à peine âgée de 7 ans, vous lisiez la Bible, le Livre des morts tibétain, le Coran… Vous aviez déjà un appel très fort de spiritualité ?

Je percevais déjà en moi quelque chose de très vaste, sur le plan de l’amour. Dans le quotidien, je ne voyais rien qui pouvait y répondre de façon aussi absolue. Mes parents étaient catholiques, et à 6, 7 ans, j’ai dévoré la Bible, fascinée par ce texte qui comblait mes attentes. Je cherchais tout simplement à communier avec l’infini. C’est ainsi que ma quête a commencé. J’ai d’abord cherché à l’extérieur, en empruntant des voies religieuses, ésotériques, initiatiques, spirituelles, avant de faire cette rencontre à l’intérieur. Au fond, je cherchais déjà à goûter cette unité.


Vous avez mis au point une approche spécifique : la Communification. Quelle est sa spécificité ?

J’ai cherché une voie qui couvre à la fois les champs « relatif » et « spirituel », une approche qui marie à la fois la dimension humaine, et celle plus « absolue », pour cesser de les opposer. J’ai rencontré de nombreuses personnes engagées dans des voies spirituelles qui ne tiennent pas compte de la dimension humaine, avec des blessures qui n’ont jamais été travaillées sur le plan thérapeutique. Trop souvent, sous couvert de spiritualité, on dégage d’un revers de la main l’ego et les blessures qui sont considérées comme une « illusion ».
Or mon expérience est que la souffrance n’est pas une illusion.

L’illusion est ce pour quoi je me prends, pas ce que je ressens. La Communification est née du constat qu’il y avait un chaînon manquant entre les deux voies. Elle repose sur des approches permettant de mieux communiquer avec soi, l’autre, et de guérir les blessures du passé. Dans le même temps, elle développe une conscience globale, une vision éclairée, qui permet de changer de vision sur qui je suis, avec des exercices pédagogiques favorisant le retour vers cette unité dont nous avons perdu le chemin.


À quelle question essentielle cherche à répondre cette approche, pour ce retour à l’unité comme voie de paix intérieure ?

Comme dans le château du Graal, la question est : «Qui sert-on ?» . Sommes-nous au service de ce moi « identifié » à nos sensations, nos émotions, nos pensées, qui cherche sa complétude perdue, ou bien sommes-nous au service de la vie qui nous traverse de sa plénitude ? Si on se tourne vers la vie, alors on va recevoir tout ce qu’on cherche, cette coupe débordante, ce Graal… Ensuite, on peut aller vers le monde, les autres, pour donner ! En réalité, nous souffrons beaucoup dans nos relations, parce que nous allons chercher à l’extérieur une communion qui ne peut se goûter dans sa plénitude qu’à l’intérieur de nous-mêmes. Là se trouve tout ce que nous cherchons : la complétude, la paix, l’infini, la détente, la joie, sans condition et pour toujours. L’immuabilité, la perfection, la sérénité, vécues de manière durable, ne peuvent exister que dans l’espace que nous sommes, qui est la source de tout ce qui est.


Sommes-nous au service de la vie qui nous traverse de sa plénitude ?

Vous êtes une figure emblématique de la Communication NonViolente (CNV). Comment peut-elle nous permettre ce retournement intérieur, et favoriser la guérison de nos blessures relationnelles ?

La CNV est une intention avant d’être un langage. L’intention de se relier à l’endroit où naît cet élan naturel de contribution les uns pour les autres. Marshall Rosenberg, son fondateur, s’est posé la question de ce qui favorisait ou pas le vécu de cette intention. Il a découvert que nous utilisions habituellement un langage qui ne soutenait pas cet élan, que nous communiquions à partir de nos manques, de nos jugements, avec une attention fixée sur les résultats plutôt que sur la qualité de la relation. Il a alors élaboré un processus au service de son intention, qui nous invite à placer notre attention sur :
- nos observations (en les distinguant de nos pensées et de nos jugements) ;
- nos sentiments (en vérifiant que nous en prenons la responsabilité) ;
- nos besoins (en les différenciant des moyens pour les nourrir) ;
- nos demandes (en vérifiant qu’elles ne sont pas des exigences).

C’est un langage de déconditionnement, de changement de paradigme, qui requiert d’être d’abord pratiqué intérieurement avant d’être utilisé avec au- trui. Cheminer avec les quatre étapes du processus transforme peu à peu notre manière de penser. Une question que je garde souvent à l’esprit est : qu’est-ce qui augmente mes chances de vivre une relation coeur à coeur avec l’autre, dans laquelle nos besoins vont être mutuellement rejoints ?


La notion de « reliance au vivant » est centrale dans votre approche. De quoi s’agit-il ?

Il s’agit de regarder comment goûter d’instant en instant la vie que nous sommes. La plupart du temps, nos identifications à nos perceptions, à nos pensées, à nos émotions et à nos sensations nous empêchent d’y accéder. Par exemple, quand nous avons une pensée, nous nous prenons pour le penseur, nous avons cette idée absolument fascinante que nous produisons nos pensées. Dans les séminaires, j’ai l’habitude de demander aux participants : « Quelle sera votre prochaine pensée ? » Et c’est le blanc ! Parce que tout naturellement, notre attention se tourne vers l’espace où apparaissent les pensées et là, il n’y a rien. Cet espace est notre nature véritable. Lorsque la conscience se tourne vers elle-même pendant un instant, nous goûtons ce que nous sommes : une conscience consciente. Ainsi, quand je parle du vivant, je parle de cet espace ouvert, de cette conscience consciente, la vie elle-même, qui s’expérimente en tant que tout ce qui existe. Au moment où je tourne mon attention vers cela, je découvre tout ce que je cherche habituellement en tournant mon attention vers le monde extérieur. L’enjeu devient alors : comment faciliter l’accès quotidien à cette conscience consciente, afin de vivre davantage la paix et la joie que nous sommes ?


L’apaisement provient de l’accueil de ce qui est, sans désir de le changer.

Vous évoquez cette voie directe qui nous permet d’accéder à notre nature véritable, en quelque sorte. De quelle manière contacter ce champ de conscience ?

J’ai pu observer, bien souvent, qu’employer des mots conceptuels nous éloignait de l’endroit où nous pouvons vivre l’expérience directe de notre nature originelle. Il s’agit d’attirer l’attention de la personne à l’endroit où elle a le plus de chances de rencontrer ce qu’elle souhaite rencontrer : l’unité ! Faisons une expérience : vous êtes dans la nature, les oiseaux pépient, les feuilles bruissent, et tout à coup, c’est l’agitation : « J’ai des courses à faire pour mes invités ce soir ! » Là, je peux observer mes sensations, mon énervement… Or si je tourne mon attention vers la conscience consciente, ce qui perçoit à la fois les bruits de la nature et mes pensées et sensations de stress, je trouve… le calme. J’ai alors le choix : ou bien je continue à nourrir mes pensées et à me noyer dans l’émotion, ou bien pour un instant, je m’établis dans cette conscience consciente. Depuis ce calme, je vais alors pouvoir accueillir dans l’immensité bienveillante des bras de la conscience, l’agitation, les peurs, en leur disant : « Vous êtes les bienvenues, je ne vous demande pas de disparaître, je vous offre mon espace de calme, pour vous y déposer, exactement telles que vous êtes. » Ainsi, lorsque la conscience consciente accueille avec tendresse ces parts d’elle-même, sous ces formes agitées, la détente arrive. L’apaisement provient de l’accueil de ce qui est, sans désir de le changer.


Quel regard portez-vous sur ce monde qui paraît très mal en point ? Et quel pourrait être l’apport d’un éveil des consciences ?

Personnellement, je n’ai pas une vision optimiste ou pessimiste. Pour moi, la question est : quelle est la racine de la souffrance du monde ? La violence, les inégalités et les guerres sont rendues possibles parce que nous n’avons pas conscience de notre unité originelle (en tant que tout) et de notre interdépendance (en tant qu’êtres humains). C’est parce que nous n’avons pas conscience que nous sommes « un », que nous pouvons faire violence à un « apparent autre ». Le problème est donc d’ordre spirituel avant d’être politique, écologique ou économique. Tant qu’une masse critique d’êtres humains n’aura pas fait un chemin en conscience pour découvrir cet espace de conscience consciente et appris comment se relier à l’endroit où il y a cet élan naturel à contribuer, il y aura de la violence, des inégalités sociales, etc. Aucune solution externe ne viendra régler cela. C’est pourquoi je consacre tout mon temps et mon énergie à vivre et partager les clés de cette transformation intérieure qui fera qu’un jour nous pourrons vivre sur une terre où chacun sera relié à son élan naturel de contribution…

Pour aller plus loin


NOS SUGGESTIONSArticles