Article


© D.R
+ Déjà dans mes favoris
+ Ajouter aux favoris

PUBLIÉ LE 15/10/2019

A RETROUVER DANS

Inexploré n°44

Quand l'inexplicable bouleverse notre vision du monde...

LES LIVRES À LIRE

Soignez vos yeux naturellement

Meir Schneider
Macro éditions

Bien voir, mieux voir, tout voir

Eva Lothar et association L'Art de Voir
Le Courrier du Livre
Magazine » Pratique

Soigner ses yeux naturellement

Et si la « mauvaise vue » n’était que temporaire, les muscles des yeux rééducables et les lunettes des béquilles censées ne durer qu’un temps ? Des chercheurs proposent des alternatives à notre regard sur la santé des yeux.

Lorsqu’on se casse une jambe, on a besoin de rééducation pour bien remarcher et il ne nous viendrait pas à l’esprit d’utiliser des béquilles toute notre vie, plutôt que de réentraîner les muscles d’un membre abîmé. Alors, pour quelles raisons sommes-nous résignés à « mal voir » et à utiliser des lunettes ? Parce que nous pensons que le dérèglement de la vue est quelque chose d’inéluctable. Le business des lunettes est aussi très lucratif... Mais savons-nous seulement comment et pourquoi un changement de notre vision se produit ? Savons-nous qu’il existe une rééducation possible, afin de se passer de lunettes ? De plus, pour certains, comprendre à quoi est associé le phénomène de la vue permettrait d’obtenir une meilleure connaissance de nous-mêmes et de notre rapport au monde. À une période où la société contemporaine connaît un essor des problèmes de vue, dus à l’utilisation massive des écrans, à l’âge de la vie qui augmente et enfin à la sédentarisation qui restreint les champs de vision, il serait important de changer notre regard sur la vision...


Pourquoi la vue baisse-t-elle ?


William Bates, un ophtalmologiste américain de la fin du XIXe siècle, a révolutionné la compréhen- sion des mécanismes de la vision. Il a découvert comment fonctionnent les muscles entourant l’œil. Agissant à la manière d’un focus d’appareil photo, ces muscles s’allongent ou se rétrécissent en fonction de ce que l’on souhaite regarder. Or il arrive que ces muscles se contractent, restent fixes, ou s’allongent, ou encore ne se coordonnent plus et ne répondent plus à leur fonction : la vue devient floue. Cette crispation est due, d’après Bates, au stress, à une charge émotionnelle qui bloque les muscles dans une position inadéquate. Notre solution dans ces cas-là : porter des lunettes qui pallient la déficience des muscles. Les lunettes figent tout cela, nos muscles ne travaillent plus, le stress demeure et nos yeux s’ajustent aux lunettes et non plus à ce que nous regardons... C’est comme si nous conservions nos épaules contractées à vie, après avoir sursauté suite à un bruit imprévu ! Pourtant, grâce à l’expérience de certains, dans la lignée de Bates, la rééducation est possible. Il suffirait pour cela de s’astreindre à un certain nombre d’exercices, afin de renforcer la rétine et les pupilles, réassouplir les muscles et enfin apprendre à reposer les yeux si nécessaire.

Meir Schneider est un Israélien d’origine russe, qui est né avec une double cataracte. Il a subi de nombreuses opérations et s’est retrouvé quasiment aveugle toute son enfance. Dans son ouvrage Soignez vos yeux naturellement (1), il raconte : « Au bout de trois mois d’exercices intensifs tirés de la méthode Bates, j’étais capable de voir ce qui était écrit. [...] les maux de tête, qui m’avaient tourmenté toute ma vie, ont disparu au bout de six mois. » Avec une extrême volonté et parce qu’il était convaincu de pouvoir soigner ses yeux grâce à la persévérance, il a réussi à recouvrer la vue et même à passer son permis de conduire.


La vue est associée à notre regard sur la vie


Annick Brofman, auteure de l’ouvrage Yoga des yeux, yoga de l’âme(2), explique : « Voir clair n’est pas un état physique, mais un état de l’esprit, un état de la conscience. La clarté de la vue et la clarté intérieure sont indissociables. » Pour cette praticienne et enseignante du yoga des yeux, le stress, qui crée le symptôme oculaire, a pour conséquence de nous éloigner de nous-mêmes. Notre vue étant le filtre par lequel le monde nous parvient, nous allons décoder les informations uniquement à travers ce voile.

Ainsi, si notre vue est modifiée, notre point de vue le serait aussi... En cela, elle conseille de revenir sur la période au cours de laquelle notre vision a changé, pour identifier l’émotion qui en serait à l’origine. « J’ai développé de l’astigmatisme lorsque j’étudiais à la faculté de droit ; les valeurs enseignées étaient alors à l’opposé des valeurs avec lesquelles j’avais grandi », raconte Annick Brofman. « Lorsque j’ai quitté cette faculté pour devenir assistante sociale, l’astigmatisme a disparu dès les premières semaines d’école, où les valeurs étaient celles avec lesquelles j’avais grandi », explique-t-elle. Soigner ses yeux serait accepter de « voir » ce que l’on a voulu éviter de voir lors du trauma. Ressentir et identifier l’émotion associée à l’événement permettrait de soigner notre vue et ainsi changer notre façon de voir le monde et notre rapport à celui-ci.


Symptômes et caractéristiques


Annick Brofman explique que des émotions survenues dans l’enfance suite à un divorce, ou l’arrivée d’un frère ou d’une sœur, ou encore l’entrée à l’école, peuvent être des exemples de dé- clencheurs de crispation de notre regard. Elle a élaboré (d’après le travail de son époux Martin Brofman, auteur d’ouvrages sur les symptômes et leurs sens), des typologies de caractères associés au symptôme oculaire.

Par exemple, être myope (difficultés à voir correctement les éléments situés au loin) : avons-nous quelque part « flouté » le monde extérieur, suite à une peur, par besoin de repli sur soi ? À l’inverse, être hypermétrope (voir clairement ce qui est loin, mais flou ce qui est proche) : avons-nous « flouté » ce qui est près, peut-être nous-mêmes ? Une émotion comme la colère réprimée et la culpabilité ressentie pourraient être à l’origine du symptôme et l’individu préfère « se fuir ». Ainsi, pour la praticienne, rééduquer ses yeux sous-entend à la fois d’évoluer sur l’émotionnel, mais aussi d’accepter les modifications qui vont en découler. Notre regard sur le monde va chan- ger, se teinter de confiance, les muscles vont se détendre et la vue n’aura plus besoin d’être floue. Lorsqu’on vieillit, la vue baisse, et l’on peut être tenté de croire que c’est « naturel ». Ici aussi, notre regard sur l’âge joue.

Nos sociétés associent la vieillesse avec la maladie et la dégénérescence. Mais dans beaucoup d’autres cultures, l’âge est synonyme de sagesse et les personnes âgées sont totalement respectées et consultées. « Ce n’est pas l’âge qui crée la maladie, c’est ce qu’on pense de l’âge et comment on se sent en vieillissant », écrit Annick Brofman. Ici aussi, les symptômes vont révéler notre façon de concevoir le monde. Certaines personnes âgées peuvent se sentir moins importantes en vieillissant et avoir tendance à se replier sur elles-mêmes. Peuvent apparaître des symptômes comme la cataracte qui recouvre l’œil, comme si la personne « n’attendait plus rien de la vie », ou encore le glaucome, qui est une tension, une pression, une solitude, une peur de devoir se débrouiller seul... Annick Brofman conclut : « Lorsque votre vue se trouble, vous n’êtes plus vraiment libre, vous donnez le pouvoir à l’extérieur. » Retrouver sa vision autonome, c’est retrouver sa liberté, reprendre le contrôle, mais le bon, pas le crispé... En d’autres termes, « voir clair, c’est le bonheur d’être soi ».


Une vision spirituelle


De la même manière que le yoga, aujourd’hui pratiqué pour travailler le corps physique, était à l’origine une technique pour ouvrir une vision intérieure, le yoga des yeux a le même fonctionnement. En guérissant la vision physique, on va guérir la vision intérieure et peut-être ouvrir un autre champ de vision, un troisième œil... Au niveau spirituel, le monde que l’on voit est le miroir de ce que l’on voit à l’intérieur de soi ; la voie spirituelle consiste à voir les choses « telles qu’elles sont » et non plus déformées par nos projections. Le travail sur la vue juste commence peut-être par voir clair et de manière autonome le monde extérieur, avant de tourner son regard à l’intérieur, pour y voir notre véritable nature...


EXERCICES


Avertissement : Les exercices suivants sont tirés des expériences de Bates, de la technique de Meir Schneider et du yoga des yeux résumé par Annick Brofman. Il est conseillé de lire les ouvrages dont ils sont tirés pour pratiquer correctement l’ensemble des exercices, ceux présentés ici n’étant que des exemples.

VOIR FLOU

Le premier pas est d’accepter la vision floue. Nous sommes attachés à voir clair coûte que coûte, même si cela signifie porter des lunettes qui maintiennent nos muscles crispés. Si l’on comprend qu’une rééducation est nécessaire et que la décrispation aura des effets bénéfiques à long terme sur notre vue, alors on pourra accepter la vision floue temporaire.

Pour cela, il faut commencer par ne porter ses lunettes que lorsque c’est indispensable, s’habituer à les mettre peu, lâcher les lentilles... Bates écrivait : « Accepter le flou le temps qu’il faudra et l’apprivoiser, liez-vous d’amitié avec le flou », car comme toute rééducation, retrouver sa vue prendra du temps et nécessitera des exercices et de la persévérance. Meir Schneider rappelle : « Votre principal défi sera de consacrer le temps nécessaire, quoiqu’il arrive, pour améliorer votre vue et élargir votre horizon. »

LE HATHA-YOGA DES YEUX

C’est un exercice précis à faire avec un enseignant ou une explication détaillée. Il propose de bouger les yeux dans plusieurs directions et d’entrecouper de repos. C’est un véritable entraînement pour les muscles.

LE PALMING

Créé par Bates, il consiste à reposer ses yeux, qui sont sans arrêt en mouvement, même fermés : poser la paume des mains sur ses yeux sans appuyer et rester immobile, en se coupant de toute lumière.

Cet exercice est particulièrement bon lorsqu’on travaille sur un écran. Il est possible de le faire régulièrement, notamment le soir. Pratiquer cet exercice par tranches de 45 secondes.

CILLEMENT, ÉLOIGNEMENT, RAPPROCHEMENT

On oublie souvent de ciller des yeux, action essentielle pour les hydrater. Pour cela, fixer sa main placée à 30 centimètres du visage et ciller des yeux deux fois en fixant à tour de rôle un doigt. On peut également chercher un point au loin plusieurs fois dans la journée, en levant ses yeux de l’ordinateur, partant d’un point proche pour aller au loin, ce qui oblige les yeux à changer de point de vue. Enfin, on peut faire l’inverse en partant d’un point éloigné et en rapprochant le regard. Plusieurs enchaînements peuvent se faire en conscience. Bien sûr, il faut réaliser cela sans lunettes ni lentilles...

L’ENSOLEILLEMENT

Il s’agit de fixer le soleil les yeux fermés, en tournant la tête de droite à gauche. La pupille va se dilater, même paupières fermées et cela va la renforcer. On peut également basculer la tête de haut en bas, le sang circulera mieux vers les yeux.

LA MARCHE DE NUIT

Pour cela, il faut marcher la nuit à la seule lueur de la lune et des étoiles. Les lumières des villes fatiguent nos yeux et la marche de nuit les renforcera tout en dilatant les pupilles. À savoir qu’au bout de 40 minutes, les bâtonnets rétiniens sont parfaitement réveillés.


NOS SUGGESTIONSArticles