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PUBLIÉ LE 06/06/2011
  • redigé par INREES INREES
    La rédaction

LES LIVRES À LIRE

Jung, l'expérience intérieure

Michel Cazenave
Editions du Rocher

Ma vie

Carl Gustav Jung, Aniela Jaffé
Éditions Gallimard

L'Homme à la découverte de son âme

Carl Gustav Jung
Albin Michel
Magazine » Entretiens

La spiritualité de Jung :
Cinq décennies plus tard

Le pionnier de la psychologie des profondeurs, le psychiatre, psychologue et essayiste Carl Gustav Jung, est mort le 6 juin 1961. Cinq décennies plus tard, quel est son héritage ? Nous avons posé la question au philosophe Michel Cazenave, membre fondateur et président du Cercle Francophone de Réflexion et d'Information sur l'œuvre de C.G. Jung

INREES : Cinquante ans après sa mort, quel est l’héritage de la pensée de Jung ?
Michel Cazenave : Tout est fondé sur l’expérience personnelle et Jung le reconnaît franchement. On ne peut être jungien que si on bâtit sa conception du monde à partir de son expérience propre. Sans en avoir toujours conscience, on retrouve aujourd’hui ce que Jung disait. La spiritualité n’est pas pour lui le résultat d’une névrose, mais une donnée absolument essentielle. L’expérience religieuse et l’expérience spirituelle sont constitutives de l’humain.
La spiritualité de Jung correspond à une recherche à la base. Pour l’émission que je faisais pour France Culture, j’ai navigué dans beaucoup de milieux non intellectuels et j’ai constaté une énorme poussée de ce côté-là. Comme si en Occident, le fait que nous nous soyons débarrassés du christianisme ne signifie pas que nous nous soyons débarrassés de toute spiritualité, loin de là. Il y a au contraire une grande inquiétude spirituelle.

Freud tombe en disgrâce, la pensée de Jung est redécouverte. Y a-t-il un mouvement de balancier ?
Sur le fond oui, même si ça ne me paraît pas juste. C’est l’esprit français : Si Jung a raison, alors Freud a tort. Alors que je pense qu’ils ne parlent pas des mêmes choses. C’est vrai qu’ils ont été opposés, mais on n’est pas obligés de rester prisonnier des histoires telles qu’elles sont arrivées il y a cent ans. Sur certains points, c’est vrai qu’il faut choisir son camp. Freud dit que le religieux est une névrose obsessionnelle, ce que ne dit pas Jung. Quand ils parlent de l’inconscient, ils ne désignent pas les mêmes réalités. Ils ne sont pas au même niveau de profondeur. Freud parle d’un inconscient produit d’une histoire personnelle. Jung parle de l’inconscient comme d’un espace de non conscience de l’homme en tant que l’homme est le miroir de Dieu. On ne cède pas à l’idée fausse selon laquelle Jung ne parle pas de sexualité. Simplement il a toujours dit : « il y a la sexualité d’un côté et la spiritualité de l’autre. » C’est une sexualité marquée de spiritualité, une spiritualité marquée de sexualité.

Des notions comme celles de synchronicité, élaborée par Jung, peuvent-elles nous aider à vivre ?
La notion de synchronicité, c’est l’idée d’un royaume éternel, l’ouverture à quelque chose qui nous échappe totalement et cela peut être un guide absolument extraordinaire.

Y a-t-il toujours une forte résistance à sa pensée ?
Il faut différencier entre ce qui se passe en France et hors de France, en Belgique, en Italie, aux Etats unis. Nous avons en France une résistance particulière. On dit toujours : c’est un irrationaliste. A mes yeux, c’est inexact. Sa pensée est de l’ordre du transrationnel : la raison a ses limites et à un moment, il faut faire un saut au-delà. Il y a un fossé entre la base et les instances médiatrices – universitaires, journalistes. Eux sont dans cette espèce de rationalisme français alors que la base s’en fiche complètement. A la base Jung passe très bien, alors que dans les milieux médiateurs, on ne veut pas en entendre parler.


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