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PUBLIÉ LE 22/12/2017

A RETROUVER DANS

Inexploré n°37

Être soi face au vertige de la nouvelle conscience

LE LIVRE À LIRE

Lorsque j'étais quelqu'un d'autre

Stéphane Allix
Mama Editions
Magazine » Entretiens

Lorsque j’étais quelqu'un d’autre...

En 2014, Stéphane Allix décide de faire un break dans sa vie active et de partir se ressourcer en Amazonie. Là, en plein cœur de la forêt, tandis qu’il suit une diète chamanique augmentant sa sensibilité, lors d’un rêve éveillé, il reçoit la vision fulgurante de la mort d’un soldat pendant la Seconde Guerre Mondiale. Vie antérieure, simple perception ? Comment vivre au mieux avec toutes les facettes de notre Être ? Entretien inédit !

Qui est-ce ? Pourquoi Stéphane ressent-il une telle affinité avec lui ? L’homme a-t-il vraiment existé ? Obnubilé par ces questions, Stéphane se lance dans une enquête minutieuse de plus d’un an qui le mènera jusqu’en Allemagne et en Russie sur les traces du S.S. Alexander Herrmann...

« La guérison des vivants guérit les morts », conclue-t-il dans son livre sur le sujet, un témoignage poignant qui nous invite à réaliser à quel point nous sommes tous reliés et comment chaque guérison que nous effectuons en nous-mêmes peut rejaillir loin, très loin, autour de nous...


Quelles sont les motivations qui vous ont mené jusqu’en Amazonie ?

Au début, ce qui motive mon départ est avant tout un besoin de recul. Depuis des années je multipliais les activités, certes passionnantes, mais je sentais que mon énergie se dispersait dans de trop nombreux projets. J’avais l’impression de perdre le fil de ma route. Un break s’imposait. Je me souviens avoir simplement noté dans mon journal : « Je pars pour me retrouver ». Cela m’a marqué, compte tenu de ce qui s’est passé par la suite...
Je suis donc arrivé au Pérou avec beaucoup de fatigue, mais aussi avec toujours des tas de questions existentielles qui me torturent l’esprit depuis l’adolescence, des pulsions et des rêves violents qui me hantent également, et donc une forte envie de clarifier ma vie. Pourquoi le Pérou ? Parce qu’il y a douze ans j’ai découvert le chamanisme amazonien, et que je savais intuitivement que cette médecine ancestrale peut être un puissant outil d’introspection.


Au terme de votre enquête, vous écrivez : « Ce poids que j’avais en moi depuis toujours n’est plus là. Je suis léger ». Réveiller et retracer l’histoire d’Alexander a-t-il suffi en soi à pacifier ces ombres ?

Mon enquête sur les traces de cet homme apparu dans un rêve éveillé a duré plus d'un an. Elle m'a permis de découvrir avec stupeur qu'il avait réellement existé. Le processus d’écriture du livre s'est étalé quant à lui sur quatre mois intensifs.Pendant tout ce temps, beaucoup de choses se sont passées, certaines que j’ai comprises, d’autres pas encore... À certains moments, j’ai eu l’impression de franchir de grandes étapes mais ça n’a jamais été fulgurant ni magique. J’ai l’impression de m’être nettoyé, débarrassé de scories, mois après mois, année après année. Et je poursuis encore ce nettoyage. C’est un processus qui est long et exige de la patience. En tous cas, cette confrontation avec Alexander, personnification de cette part d’ombre en moi depuis toujours, a donné un visage à mes incompréhensibles colères intérieures et m’a permis d’extérioriser cet héritage. Un processus de dissociation s’est opéré, et j’ai amorcé la guérison des ombres du passé, en pouvant plus facilement me connecter à ma part de lumière.


Lorsque l’on touche des mémoires douloureuses au fond de soi, on se demande souvent ce que l’on doit en faire. Pour vous, s’agit-il surtout de les voir et de les reconnaître ?

Oui, je crois que le meilleur moyen de les apaiser est de sortir du déni auquel on s’accroche en pensant « tout gérer », alors que l’on fuit une part de nous. Se connaît-on vraiment ? D’après moi, il est important de regarder en face ce qui se dit en nous, le voir et écouter tout ce que notre inconscient nous signale. Cela s’exprime dans nos comportements instinctifs, nos rêves, nos pulsions, etc. C’est un face-à-face qui a parfois besoin d’être accompagné. Personnellement, je ne refusais pas la confrontation mais j’avais tendance à me dire : « Je vais m’en sortir tout seul, je suis un bonhomme ». Je n’avais pas mesuré l’impact énergivore que la relation à Alexander avait sur moi. Si je n’avais pas accepté de l’aide, je n’aurais peut-être pas pu m’en sortir.


Quel regard portez-vous aujourd’hui sur la notion de « vies antérieures » ? À l’aune de la physique quantique, ne s’agirait-il pas plutôt de vies ou de réalités parallèles existant simultanément à la nôtre ?

Ai-je contacté une vie antérieure ou non ? Je suis dans l’impossibilité de trancher et je m’abstiens de conclure. D’un côté, c’est évident que la vie d’Alexander est antérieure à la mienne, puisqu’il est mort en 1941. De l’autre, il est clair qu’une partie de lui continuait à vivre à travers moi, mais aussi à l’extérieur de moi, dans ce monde invisible qui semble porter la mémoire du monde... Parfois, mon corps se souvenait directement de certaines choses, comme des endroits où il a vécu en Allemagne et où il est mort en Russie. À d’autres moments, j’avais plutôt la sensation qu’une intelligence extérieure à moi me guidait en observant à travers mes yeux et mes ressentis...
Finalement, « réincarnation », « vie parallèle » sont des mots qui ne disent rien de la puissance de ce type d’expériences. Plutôt que de trancher sur ce débat, je préfère m’intéresser à la relation qui existe entre ces mémoires et notre vie actuelle. Nous pouvons tous être traversés par des pensées, des pulsions, des impulsions, des inspirations qui semblent venir d’un autre monde. Sont-elles extérieures ou intérieures ? Je crois qu’on perd beaucoup de temps à essayer de conclure... Qui nous dit que certaines de ces infos ne viennent pas du futur ? Pour moi, certaines réponses « mentales » que l’on aimerait bien obtenir sur la nature de la réalité du monde spirituel sont inaccessibles à la pensée humaine, mais seulement perceptibles à travers l’expérience directe. Aussi il est certainement plus utile de les accueillir et les écouter, de les laisser se déployer en nous sans nécessairement chercher à les analyser. Notre corps sait sans doute plus de choses que notre esprit n’est en capacité de « comprendre ». Et plus on est dans l’acceptation de ce qui nous constitue, même sans avoir eu besoin de le mentaliser, moins on en est esclave....


Selon vous, est-ce nécessaire de conscientiser toutes ces mémoires qui vivent en nous ?

Pour moi, le but de la vie est de dissiper autant que possible la confusion dans laquelle nous vivons. Toutes les opportunités qui nous sont offertes pour y mettre de la lumière sont à saisir. Mais vouloir absolument conscientiser nos mémoires peut aussi être parfois une forme de divertissement superficiel lorsqu’il reste uniquement mental. Découvrir intellectuellement, juste pour le plaisir, qu’on était peut-être un prêtre inca ou une princesse, ou un templier, etc., à quoi ça rime ? Par contre, je pense que ce qui remonte spontanément à notre conscience a besoin d’être vu et accueilli. C’est un matériau qui peut être utilisé à tous les niveaux de notre être, pour avancer. Nous passons sans doute notre vie à avoir des remontées de mémoires sans même nous en rendre compte. Une manière de le découvrir est d’observer si des mêmes schémas se répètent qui nous semblent incompréhensibles, comme des boucles, des scénarios, des pulsions, des attitudes qui nous maintiennent enfermés. Dès lors, un premier pas s’opère vers une dissociation entre notre être et ces comportements/pensées/attitudes « qui ne semblent pas nous appartenir ». À partir du moment où nous envoyons à l’univers avec sincérité notre désir d’accroitre notre clarté et notre bien-être durable, pour nous et pour celles et ceux qui nous entourent, je suis certain que de l’aide nous est apportée. La vie nous envoie alors des signes, des rêves, des rencontres, des épreuves aussi, qui sont autant de clés pour grandir et être Soi, pleinement.


D’après l’une des guérisseuses rencontrées sur votre chemin, Alexander avait aussi besoin de vous... Avez-vous l’impression de l’avoir aidé ou libéré ?

Je l’espère... Au même titre que des liaisons existent entre morts et vivants, je suis certain que les actions des uns ont des impacts sur les autres. J’ai découvert la colère, l’aveuglement, le renoncement d’Alexander à exercer la lumière de sa conscience. Tout cela semble l’avoir précipité dans une force noire. Le travail que j’ai fait de mise en lumière de sa vie lui a peut-être permis de prendre du recul par rapport à ce cauchemar et de sortir de cet enfer. En tous cas, je l’espère...


Pensez-vous qu’en accomplissant nos propres guérisons, nous pouvons ainsi participer à guérir le monde ?

Oui, je le pense. Les frontières de notre individu sont une forme d’illusion que la société actuelle a bien solidifié. Notre corps est en quelque sorte collectif, en ce sens qu’il est le point de rencontre d’histoires familiales, spirituelles, transgénérationnelles et karmiques ; il a été façonné par mille influences extérieures, qui peuvent s’exprimer à travers nous en positif comme en négatif. Et nous avons le pouvoir d’influencer tout ça. Choisir la lumière, accepter de regarder en face ce qui nous déplait, apaise et illumine notre vie et rejaillit autour de nous. J’ai été reporter de guerre pendant quinze ans et je n’arrive pas à être pessimiste. J’ai rencontré des gens ayant vécu des atrocités terribles qui ont fait délibérément le choix de la lumière et ont vu leur vie changer du tout au tout. Cela prouve que la lumière est triomphante ! Alors que si on se laisse enfermer par les drames qui nous touchent, on entre dans l’ombre, on s’aveugle, la souffrance nous saisit et aura de plus en plus de mal à nous lâcher... La vie, c’est un choix permanent.


Au fil de votre cheminement, l’horreur que vous ressentiez à l’égard de la vie d’Alexander s’est-elle transformée en pardon et en amour ?

Je ne peux pas dire que j’ai ressenti de l’amour pour Alexander. Par contre, j’ai été traversé par une énergie immense lorsque je me suis retrouvé à Dachau. Dans ce camp de concentration, alors que je m’écroulais de douleur et de culpabilité, j’ai senti cette force fulgurante me traverser, m’aidant à me dissocier de lui et faisant s’imposer mon être de lumière ! C’était comme si la bienveillance de l’Univers, ce souffle de Vie éternel qui anime tous les êtres mortels que nous sommes, faisait passer à travers moi son pardon et son amour pour les victimes....


Vous dites avoir appris, au fil de cette enquête, à faire confiance à vos ressentis. Selon vous, l’intuition est-elle une clé importante pour avancer sur ce chemin de guérison ?

Je trouve notre rapport au sixième sens très puéril. On croit que c’est magique. On y croit sans y croire. Pour moi, le monde invisible, les esprits, etc. sont des réalités évidentes, sur lesquelles il ne faut pas projeter toutes nos attentes mais qui peuvent être très aidantes. Ce sont des outils formidables auxquels on devrait accorder davantage d’attention. L’intuition est le moyen de nous connecter à notre être de lumière, cette dimension de nous-mêmes qui a accès à des tas d’informations et qui sait déjà quel sera le chemin le plus bénéfique pour nous. Souvent, on n’est pas dispo, pas une seule seconde, on passe notre temps en action, au téléphone ou sur l’écran et on s’étonne de ne pas avoir d’intuition ! Mais quand est-ce qu’on dit à notre inconscient : « je suis dispo, parle-moi ! » ? La méditation permet de s’offrir quotidiennement ce temps pour se rendre disponible aux messages de la vie.


Au début du livre, vous évoquez les pratiques corporelles que vous pratiquiez. L’ancrage dans le corps vous a-t-il aussi aidé ?

C’est une évidence. Intégrer une pratique psycho-corporelle à mon questionnement intérieur a amplifié énormément ma capacité à être intuitif et à soutenir ces rencontres. Le corps n’est pas juste un truc matériel un peu embarrassant hébergeant un esprit surréel. Comment l’esprit pourrait-il s’exprimer sans le corps ? Il y a un équilibre à trouver entre les mondes physique et invisible auxquels nous appartenons. Je pense que l’équilibre et l’épanouissement s’atteignent lorsque l’on parvient à ancrer notre spiritualité dans la matérialité. Et selon moi, c’est là la richesse de notre société !


Vous dites avoir eu la sensation d’être aidé... Y aurait-il selon vous une sorte d’intelligence qui nous pousserait à faire ce travail de pacification ?

D’après mon expérience, dès lors que l’on décide d’appeler la lumière sur soi, on est aidé. Par qui ? Je l’ignore. Mais nous ne sommes pas seuls. Pour moi, c’est une évidence absolue. Nous sommes entourés d’un grand nombre de forces, d’intelligences – d’anges, peut-être ? –, à qui nous pouvons demander de l’aide. Plus on leur demande, plus ils sont heureux de nous aider. Personnellement, j’ai fait tout mon possible pour m’y ouvrir et ça n’a plus arrêté. J’ai rencontré les bonnes personnes, j’ai été guidé vers les bons lieux, etc. Même dans un roman, on n’y croirait pas ! Etre soi, selon moi, passe par cette reconnaissance de la reliance à ces forces invisibles tels que nos ancêtres, et d’autres être spirituels, sans oublier aussi nos amis, compagnons, etc. qui peuvent nous soutenir sur ce chemin. Personnellement, j’ai été épaulé de façon très concrète par ma femme, qui m’a offert ses garde-fous, son ancrage, sans cesse vigilante, et cela a été décisif pour ne pas me faire engloutir par cette ombre, ce désespoir que je frôlais. Son amour m’a protégé et m’a permis d’amorcer le processus de guérison de cette immense blessure.

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