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PUBLIÉ LE 04/12/2017
  • redigé par INREES INREES
    La rédaction

LE LIVRE À LIRE

La vie secrète des arbres

Peter Wohlleben
Éditions Les Arènes
Magazine » Bonnes feuilles

La vie secrète des arbres

Dans ce livre plein de grâce, acclamé dans le monde entier, le forestier Peter Wohlleben nous apprend comment s'organise la société des arbres. Les forêts ressemblent à des communautés humaines. Les parents vivent avec leurs enfants, et les aident à grandir. Les arbres répondent avec ingéniosité aux dangers. Leur système radiculaire, semblable à un réseau internet végétal...

Question de chance



LES ARBRES VIVENT EN ÉQUILIBRE INTERNE. La satisfaction de leurs besoins exige qu'ils répartissent et gèrent leurs forces avec soin. Une part de leur énergie est dédiée à la croissance. Les branches doivent être prolongées; le tronc, qui supporte un poids croissant, doit gagner en diamètre. Une seconde part est mise de côté pour activer la production de substances répulsives dans les feuilles et l'écorce dès que survient une attaque de ravageurs ou de champignons. Reste la reproduction. Chez les espèces qui fleurissent chaque année, l'exploit s'inscrit dans un processus prévisible où toutes les forces s'équilibrent. En revanche, chez les espèces comme le hêtre ou le chêne qui ne fleurissent que tous les trois ou cinq ans, l'événement est très déstabilisant. La majeure partie de l'énergie a déjà été destinée à autre chose ; au surplus, les faînes et les glands sont produits en de telles quantités qu'ils priment sur tout le reste. Le premier souci est celui de l'encombrement des branches. Aucune place n'y étant prévue pour les fleurs, c'est aux feuilles de libérer l'emplacement qui était le leur. Quand les fleurs fanées tombent au sol, les arbres ont un drôle d'aspect déplumé. Rien d'étonnant à ce que, ces années-là, les constats forestiers signalent la prévalence de houppiers défeuillés. Dès lors que les arbres ont fleuri et fané en même temps, à première vue, la forêt paraît malade.

Elle n'est pas malade, certes, mais elle est tout de même fragilisée. Pour fabriquer cette profusion de fleurs, les arbres puisent en effet dans leurs dernières réserves. Pour compliquer le tout, le feuillage, contraint de réduire son ampleur, produit moins de sucres que les années ordinaires. Et, nouvel handicap, la majeure partie de ces sucres est transformée en lipides dans les graines, si bien qu'il en reste à peine pour la construction de l'arbre lui-même et les stocks à constituer pour l'hiver. Sans parler des réserves d'énergie théoriquement prévues pour résister aux maladies. Une foule d'insectes n'attendaient que cela. Parmi eux, le charançon du hêtre, qui pour ne mesurer que deux petits millimètres n'en pond pas moins des millions d'œufs sur le feuillage sans défense. Ses minuscules larves creusent des galeries entre les membranes supérieure et inférieure des feuilles et laissent derrière elles des taches rousses caractéristiques. Puis le ravageur adulte perce des trous dans les feuilles qui paraissent avoir été criblées de petits plombs de chasse.

Certaines années, les hêtres sont tellement infestés que de loin le feuillage semble non plus vert mais roux. S'ils étaient au mieux de leur forme, les arbres se défendraient, ils empoisonneraient, au sens strict du terme, la nourriture des insectes. Mais la floraison les a épuisés et ils n'ont d'autre choix que de supporter l'agression en silence. Les sujets sains surmontent l'épreuve, d'autant que plusieurs années de répit succèdent à cette mauvaise saison. Mais chez un sujet affaibli, une attaque de ravageurs peut sonner le glas. Ce n'est pas pour autant que l'arbre s'abstiendrait de fleurir. Nous savons de l'observation de la floraison des sites forestiers en voie de dépérissement que ce sont précisément les sujets mal en point qui mettent le plus d'ardeur à fleurir. Sans doute est-ce afin d'assurer leur descendance avant que la mort signe la disparition définitive de leur patrimoine génétique. Des effets similaires sont induits par les records de sécheresse et de chaleur de certains étés qui mènent les arbres au bord de la rupture puis les font abondamment fleurir le printemps suivant. Ce qui, au passage, tord le cou à l'idée qui voudrait qu'une abondance de glands et de faînes indique que l'hiver sera particulièrement rigoureux. La floraison se préparant au cours de l'été, une profusion de fruits renseigne tout au plus sur ce qui s'est passé quelques mois auparavant.

La faiblesse des défenses de l'arbre réapparaît à l'automne dans la qualité des graines. Le charançon, que rien n'arrête, creuse aussi des galeries dans l'ovaire des fleurs. Celles-ci sont malgré tout en mesure de produire des faînes, mais elles sont vides, donc sans valeur nutritionnelle ou reproductive. Une fois les graines de l'arbre tombées à terre, chaque espèce suit sa stratégie de germination. Sa stratégie de ger mination ? Les graines qui somnolent sur la terre meuble et humide du sous-bois ne germent-elles pas dès que le premier soleil de printemps réchauffe l'air ? Pas toutes. Rien n'est plus dangereux pour les embryons d'arbres que de reposer sans défense sur le sol de la forêt. Au printemps aussi, l'appétit des sangliers et des chevreuils est redoutable. Pour contrer leur voracité, certaines espèces, dont celles à gros fruits comme les hêtres et les chênes, misent sur la rapidité. La plantule jaillit aussi vite que possible de la faîne ou du gland afin qu'ils perdent leur attrait auprès des herbivores. Pour ces graines, la stratégie s'arrête là, aucune défense de longue durée n'est prévue contre les champignons et les bactéries. Les mal réveillées qui laissent passer la germination et qui sont toujours intactes à la fin de l’été vont rester sur place et pourrir jusqu’au printemps suivant.

De nombreuses espèces donnent cependant à leurs graines la possibilité d’attendre une ou plusieurs années avant de démarrer. Le risque de se faire avaler est certes accru d’autant, mais les avantages sont considerables. En cas de printemps sec, si les plantules meurent de soif, toute l'énergie investie dans la reproduction aura été vaine. De même si un chevreuil vient à parcourir son territoire et justement s'arrête pour brouter là où la graine est tombée. À peine la plantule aura-t-elle déployé quelques goûteuses et tendres feuilles qu'elles seront englouties. Mais si une partie des graines ne gennent qu'une ou plusieurs années plus tard, la nouvelle répartition des risques est telle que le développement de quelques arbustes est assuré. Cette méthode est adoptée par le sorbier des oiseleurs: ses graines peuvent rester en donnance jusqu'à cinq années avant de rencontrer des conditions propices à la germination. Espèce pionnière type, elle ne pouvait choisir meilleure stratégie. Tandis que les faînes et les glands tombent toujours au pied de leur mère-arbre, ce qui garantit aux germes de se développer dans un environnement forestier favorable, les sorbes peuvent atterrir partout. Rien, en effet, n'est moins prévisible que l'endroit où l'oiseau qui a consommé le petit fruit âpre rejette les graines dans leur boulette d'engrais. Si le milieu est ouvert, les températures élevées et le manque d'eau des années extrêmes seront beaucoup plus marqués qu'à l'ombre humide des sous-bois. Dans ce cas, il vaut mieux qu'au moins une partie des graines demeurent incognito et ne s'éveillent à la vie que des années plus tard.

Et une fois les graines sorties de leur donnance? Quelles sont les chances des enfants-arbres d'accéder à l'âge adulte et de se reproduire à leur tour? Le calcul est simple. D'après les statistiques, un arbre engendre un seul et unique successeur, lequel prendra sa place le moment venu. D'ici là, des graines vont germer, de jeunes descendants vont grandir puis végéter à l'ombre quelques années, voire quelques décennies, jusqu'au jour où ils vont rendre leur dernier souffle. Ils sont nombreux dans ce cas. Des dizaines de générations poussent ainsi au pied de leur mère puis disparaissent les unes après les autres. Seules les rares graines chanceuses qui doivent au vent ou à des animaux d'avoir été déposées sur un petit coin de litière forestière accueillant pourront germer, grandir et se développer sans entraves.

Mais revenons aux statistiques. Un hêtre produit au moins 30000 faînes tous les cinq ans (voire tous les deux à trois ans avec le réchauffement climatique, mais laissons cet aspect de côté pour l'instant). Selon la quantité de lumière qu'il reçoit, il atteint la maturité sexuelle entre 80 et 150 ans. Si l'on considère qu'il vit 400 ans au maximum, ilva donc fructifier au moins 60 fois et produire au total environ 1,8 million de faînes. Sur ce 1,8 million de faînes, une seule deviendra un arbre. Pour une forêt, c'est un superscore, quelque chose comme les six bons numéros du Loto. Tous les autres embryons sont soit mangés par des animaux, soit transfo1més en humus par des champignons et des bactéries. Calculons maintenant les chances d'un enfant-arbre parmi les plus mal lotis, par exemple un peuplier. La mère-arbre produit annuellement jusqu'à 26 millions de graines. C'est peu dire que les rejetons-peupliers envient le sort des enfants-hêtres ! Jusqu'à ce que les parents tirent leur révérence, ils vont en effet produire plus d'un milliard de graines qui, bien à l'abri dans leur léger cocon de bourre, vont se laisser porter vers d'autres contrées. Et là comme ailleurs, les statistiques sont impitoyables, il n'y aura qu'une seule gagnante.


Éloge de la lenteur



J'AI LONGTEMPS IGNORÉ AVEC QUELLE LENTEUR LES ARBRES poussaient. Il y a dans mon district de jeunes hêtres qui mesurent entre 1 et 2 mètres de hauteur. Autrefois, je leur aurais donné 10 ans, tout au plus. Puis j'ai commencé à m'intéresser aux mystères en marge de la sylviculture et je les ai observés de plus près. L'âge des jeunes hêtres peut s'estimer à la lecture des petits nœuds présents sur les rameaux. Ces nœuds sont de minuscules grosseurs à l'aspect plissé. Elles se forment chaque année sous les bourgeons. Au printemps suivant, quand le bourgeon s'ouvre, le rameau s'allonge mais le nœud reste. Le phénomène se reproduisant chaque année, le nombre de nœuds correspond à l'âge du sujet. Quand le diamètre du rameau dépasse 3 millimètres, les nœuds disparaissent dans l'écorce.

Chez mes jeunes hêtres, une brindille de 20 centimètres présentait déjà 25 petits renflements. Le diamètre du tronc ne permettait plus de déceler des indices de croissance, mais une prudente extrapolation à partir de l'âge des rameaux permettait d'estimer l'âge des arbres à au moins 80 ans, si ce n'est beaucoup plus. À l'époque, cela me paraissait incroyable ; depuis que j'ai enrichi mes connaissances sur les forêts primaires, je sais que c'est tout à fait normal. Les petits arbres ne demandent qu'à se développer ; grandir de 50 centimètres par an leur conviendrait très bien.

Malheureusement, leurs mères ne sont pas d'accord. Elles recouvrent leur pro­ géniture de leurs immenses houppiers qui, avec ceux des arbres adultes voisins, forment un toit épais au-dessus de la forêt. Seuls 3 % des rayons du soleil filtrent jusqu'au sol, et donc jusqu'aux feuilles de leurs enfants. Trois pour cent, ce n'est pratiquement rien. Cela permet tout juste une activité photosynthétique suffisante pour maintenir un végétal en vie. Croître en hauteur ou gagner en épaisseur n'est donc pas envisageable. Et comment se rebeller contre cette éducation à la dure quand on n'a pas d'énergie? Cette éducation? Oui, car il s'agit d'une mesure pédagogique dont le seul but est le bien-être des jeunes. L'idée n'est pas fantaisiste, c'est un concept que les forestiers utilisent depuis des générations.

Cette mesure éducative est la restriction de lumière. Mais à quoi sert cette limitation ? Les parents n'ont-ils pas à cœur de voir leur progéniture devenir rapidement autonome ? Non, pas les parents-arbres, tant s'en faut, et depuis peu la science soutient leur position. Elle a en effet constaté que croître lentement en début de vie conditionnait la possibilité d'atteindre un grand âge. Nous perdons facilement de vue ce qu'est un grand âge pour un arbre, car la sylviculture moderne n'attend pas plus de 80 à 120 ans pour abattre et transformer des arbres plantés. Dans des conditions naturelles, à cet âge, les arbres sont à hauteur d'homme et gros comme des crayons. Conséquence de la lenteur de leur croissance, les cellules de leur bois sont très petites et renferment peu d'air. Ils en acquièrent une flexibilité qui leur permet de supporter les vents violents sans se casser. Plus important encore, ils résistent mieux aux champignons dont la propagation est limitée par la dureté des tissus internes. Les atteintes à leur intégrité ne sont pas dramatiques, car ils peuvent fabriquer de l'écorce pour recouvrir les plaies avant que de la pourriture s'installe. Si une bonne éducation est garante de longévité, la patience des enfants-arbres peut être mise à rude épreuve.

«Mes» petits hêtres, qui attendent depuis au moins 80 ans, subsistent à l'abri de mères-arbres âgées d'environ 200 ans, ce qui équivaut à une quarantaine d'années pour un homme. Ces très jeunes arbres vont sans doute devoir encore végéter deux siècles avant d'avoir leur chance. Les mères veillent toutefois à adoucir l'attente. Elles établissent des contacts avec eux par les racines, et en bonnes mères nourricières abreuvent ainsi leurs petits en sucres et éléments nutritifs.

Il est possible au béotien de savoir si dejeunes arbres sont au stade de l'attente ou prêts à jaillir vers le ciel. Observez les petites branches d'un jeune sapin blanc ou d'un jeune hêtre. Si les branches latérales sont nettement plus longues que la tige maîtresse verticale, le jeune est en phase d'attente. Comme la lumière qu'il reçoit ne lui permet pas de synthétiser l'énergie nécessaire à la construction d'un tronc plus long, il s'efforce d'exploiter au mieux les maigres rayons qu'il capte. Ses branches s'étendent à l'horizontale et déve­ loppent un type particulier de feuilles ou d'aiguilles peu épaisses et très sensibles. Il est fréquent, chez ces petits arbres, que l'on ne distingue plus la flèche ; ils ont un peu l'aspect de bonsaïs à la couronne en parasol.

Un jour, enfin, ils touchent au but. La mère-arbre a atteint l'âge limite ou est tombée malade. Un orage d'été l'achève. Le vieux tronc pourri ne parvient plus à soutenir l'énorme masse du houppier et il se brise sous les effets conjugués de la pluie battante et du vent. Quand le colosse s'effondre, plusieurs des plantules qui patientaient en attendant leur heure disparaissent, écrasées par leur mère. Pour le reste de la jeune troupe, la grande trouée qui s’est formée au-dessus de sat ête donne le signal de depart d’une activité photosynthétique effrénée. Avant de s’en donner à Coeur joie, les jeunes pousses doivent modifier leur métabolisme, former des feuilles et des aiguilles qui resistant mieux à la lumière et peuvent la synthétiser de façon optimale. Cela prend entre une et trois années supplémentaires. Cette étape franchie, c'est à qui arrivera le premier. Désormais, tous les petits aspirent à grandir mais seuls vont rester en course ceux qui poussent bien droit, sans détour ni tergiversation. Les dissipés qui se figurent qu'ils ont tout loisir d'aller voir à droite ou à gauche, qui flânent et musardent avant de démarrer pour de bon, ne vont pas tarder à le regretter. Leurs petits camarades ont tôt fait de les dépasser et de les plonger de nouveau dans la pénombre. Cette fois, cependant, il fait beaucoup plus sombre sous le feuillage des jeunes en pleine croissance que sous le couvert de leur mère, car ils consomment presque toute la lumière disponible pour leurs propres besoins. C'est ainsi que les malheureux retardataires s'étiolent, meurent et retournent à l'état d'humus.

D'autres dangers jalonnent le chemin vers les cimes. Dès que la lumière qui coule à flots stimule la photosynthèse et dope la croissance, les bourgeons des rejetons se gorgent de sucre. En phase d'attente, ils avaient tout de pilules coriaces et amères, et voilà qu'ils sont devenus de délicieuses choses sucrées, tout au moins du point de vue des chevreuils. Une nouvelle partie de la descendance finit dans l'estomac des gracieux cervidés qui trouvent là le supplément de calories qui va les aider à passer l'hiver. Les petits sont toutefois tellement nombreux qu'il en reste encore bien assez pour poursuivre l'ascension.

Les espaces soudain baignés de lumière plusieurs années de suite attirent les végétaux à fleurs, dont le chèvrefeuille des bois. Avide lui aussi de croître et de prospérer, il jette ses longues pousses volubiles à l'assaut des troncs sur les­ quels ils'enroule, toujours vers la droite, dans le sens des aiguilles d'une montre.Solidement accroché à son support, il s'élève vers la lumière en même temps que lui et peut bientôt épanouir ses fleurs au soleil. Mais tout a une fin ; avec les années, ses tiges s'enfoncent dans l'écorce et finissent par étrangler les arbustes. La suite est une question de chance: si quelque temps plus tard le toit formé par les couronnes des vieux arbres se referme et plonge le sous-bois dans la pénombre, le chèvrefeuille meurt, et seules restent des cicatrices sur les troncs. Mais si l'ensoleillement perdure, c'est notamment le cas lorsqu'une mère-arbre très grande laisse un vide important, ce sont les arbres-supports qui meurent. Les seuls à s'en réjouir, ce sont les amateurs de cannes aux beaux dessins spiralés que l'on peut fabriquer avec le bois de leurs troncs. Ceux qui ont franchi tous les obstacles avec succès et poussent bien droit ne sont pas encore tirés d'affaire.

Leur patience est de nouveau mise à l'épreuve une vingtaine d'années plus tard. C'est le temps qu'il faut aux voisins de la mère-arbre pour développer de nouvelles branches dans l'espace laissé vacant par sa mort. Car bien sûr, eux aussi saisissent la chance de pouvoir étendre leur surface foliaire, afin de gagner en capacité photosynthétique pour leurs vieux jours. Une fois l'étage supérieur entièrement occupé par le feuillage, l'étage inférieur est replongé dans la pénombre. Les jeunes hêtres, les sapins ou les pins ont à peine parcouru la moitié du chemin qu'ils doivent de nouveau attendre que l'un de leurs grands voisins jette l'éponge. Cela peut durer des décennies, mais à ce stade, les jeux sont faits. Tous ceux qui sont parvenus à mi-hauteur n’ont plus de concurrents à redouter. Héritiers en titre, seuls dans les startings-blocks, ils vont s’élancer à la première occasion, et cette fois sera la bonne.


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