Conférences - Grande soirée INREES

Sylvain Tesson : Solitude, mon choix le plus doux

Conférence de l'explorateur autour de ses voyages en solitaire


Jeudi 14 mai 2009 à 19h30


Tarif :
7 euros pour les membres de l'INREES
Prix public : 10 euros

Réservations terminées
Places disponibles sur place : 372
Lieu :

Institut Océanographique
195 rue Saint-Jacques
75005 Paris


Plan d'accès à l'Institut


La soirée en deux mots


Etre seul au monde... La solitude accompagne Sylvain Tesson, explorateur et écrivain, au coeur de ses voyages. Que cherche-t-il dans ses longues errances solitaires à travers le monde ? Pourquoi ce désir de n'avoir pour compagnon que lui-même ? Désir de fuite ? Ou retrouvaille avec un vrai soi-même ? Qui rencontre-t-on sur cette terre lorsqu'on est seul au monde ?

Rencontre vérité avec Sylvain Tesson, après l'avoir accompagné de la Sibérie au golfe du Bengale dans le film documentaire « Les chemins de la liberté » projeté avant sa conférence.


L’invité : Sylvain Tesson, explorateur


Sylvain Tesson est un écrivain voyageur français né en 1972. Géographe de formation, membre du comité directeur de la Société des Explorateurs Français, membre d’honneur de l’INREES, il a déjà réalisé de nombreux voyages au long cours, dont trois en Asie Centrale et en Haute Asie. A 19 ans, en 1991, il effectue sa première expédition en Islande, c’est à cette occasion qu’il découvre l’aventure et le plaisir de se déplacer à la fois lentement et par ses propres moyens. Ce voyage qui marque le début de sa vie d’exploration est suivi en 1993 d’un tour du monde à vélo. En 1997 il effectue la traversée de l’Himalaya à pied : 5000 kilomètres en 6 mois du Bhoutan au Tadjikistan. Il traverse ensuite les steppes d’Asie centrale à cheval avec Priscilla Telmon.
Sylvain Tesson
Sylvain Tesson, de la Sibérie à l'Inde
en passant par l'Afghanistan

Après plusieurs voyages humanitaires et d’études archéologiques en Afghanistan (en 2001), c’est en solitaire qu’il repart en 2003 et 2004, pour un périple de 9 mois sur les traces des évadés des goulags soviétiques. Il reprend alors l’itinéraire des évadés du goulag et part de Sibérie pour descendre jusqu’en Inde, à pied, tout seul. Il voyage la plupart du temps par ses propres moyens, en totale autonomie. La solitude est au cœur de son univers, comme il l’exprime dans ce texte : Ô solitude my sweetest choice" a écrit Purcell dans un aria. Au début, la voix du contre-ténor est déchirante puis elle est transportée par une joie sourde, profonde, qui emporte tout. Ce chant, je l’ai écouté pendant des heures devant le Baïkal sibérien où je passais quelques jours dans une cabane.

Il y a des solitudes mortifères. Celles qui étreignent les hommes incompris. Ceux-là cherchent un cœur battant au même rythme, une âme à leur mesure, une simple main tendue dans la soupe humaine. Mais devant eux, il n’y a que les autres et nul alter ego, nul reflet de soi-même, nulle oreille complice, pas même un bras secourable. C’est la solitude du poète, de l’albatros baudelairien. À l’approche de Noël, dans les grandes villes, les êtres idéalistes contemplent les foules qui se pressent dans les grands magasins et se disent qu’ils n’ont pas grand-chose de commun avec ces marées avides. C’est la solitude du penseur, la solitude nietzschéenne. À force d’explorer les sentiers qui conduisent aux sommets, le philosophe se retrouve seul. Ses livres se vendent à dix exemplaires (ce fut le cas de Par-delà le bien et le mal). Qui pourrait le suivre dans pareille lumière ?
Sylvain Tesson
Pourquoi ce désir de n'avoir
pour compagnon que soit-même ?

C’est la solitude donjuanesque, la solitude du libertin qui gît, insomniaque, enlacé à des corps frais sous un baldaquin pendant que son cœur vide bat la chamade de l’angoisse. Et puis il y a la belle solitude, douce et fertile qui ressemble à un retranchement sous les arbres, sur le dos d’un cheval, dans les livres, dans les pensées. Le solitaire heureux séjourne en pleine nature et renoue l’antique conversation interrompue avec le Vivant. Il contracte le syndrome de Saint François d’Assise qui mène à s’adresser au scarabée, à la fougère et au renard comme à des frères. Et le mieux c’est que le scarabée, la fougère et le renard le comprennent et lui répondent. La littérature du goulag fourmille d’exemple de prisonniers sauvés du néant par la visite d’un oiseau ou la contemplation d’un insecte. Le corps de l’ermite a beau se tenir seul, dans sa grotte, sa hutte, sa thébaïde ou sa tour d’ivoire, son esprit, lui, se situe au centre d’une toile dont chaque fil de soie s’insère dans le souvenir d’un être aimé, laissé sur un lointain rivage. Une foule bienveillante et bruissante peuple son crâne. Combien de solitaires sont d’inépuisables bavards. Seulement c’est par la pensée qu’ils s’adressent aux autres. Le silence, qui est le cousin germain de la solitude, permet de percevoir l’écho d’un chant inconnu qui vient du fond de soi et que le brouhaha des sociétés étouffait jusqu’alors. L’existence du solitaire, débarrassée des impératifs et des faux-semblants de la conversation se consacre entièrement à déchiffrer les signaux, les symboles, les énigmes que le monde envoie à la surface des choses. Le cosmos s’adresse aux discrets veilleurs de la nuit, aux sobres vigies solitaires.

La solitude est apparente. Les coureurs des bois, les racleurs de désert, les vagabonds enchantés savent qu’il y a toujours un interlocuteur à qui s’adresser lorsque le cœur trop gonflé ne peut retenir les épanchements : une escadre d’oies joyeuses, la surface d’un lac, un nuage aimable, un être disparu, la page blanche de son carnet. En ville, on appelle cela "parler tout seul". C’est très mal vu.


Sylvain Tesson


Le film : Les chemins de la liberté

Sylvain Tesson, dans le désert de Gobi

Prisonnier politique enfermé dans le goulag soviétique, Slavomir Rawicz décide, avec une poignée de compagnons d’infortune, de s’échapper de cet enfer en 1941. Suit une année entière de périple à travers les steppes, la taïga et le désert pour parvenir à s’échapper d’un "no man’s land" d’où personne n’est censé s’enfuir. De ce voyage extraordinaire, Slavomir écrit un livre, "A marche forcée".

Soixante ans plus tard, Sylvain Tesson décide de suivre la route de ce forçat évadé vers une liberté qui a guidé chacun de ses pas. Sac à dos et caméra au poing il part ainsi sur ses traces, réalisant une véritable prouesse sportive, une aventure unique. Sibérie, Mongolie, désert de Gobi, Inde... plus de 8 mois d'un voyage presque initiatique fait de rencontres, de paysages magnifiques et de la formidable volonté d'un homme.


Genre : Documentaire
Réalisation : Nicolas Millet, Sylvain Tesson
Production : Transparences Productions
Durée : 54mn ; Année : 2004



Galerie photos de ses voyages

Sylvain Tesson Sylvain Tesson Sylvain Tesson Sylvain Tesson
Sylvain Tesson Sylvain Tesson Sylvain Tesson Sylvain Tesson


Le déroulé de la soirée

  • Début projection du film "Les chemins de la liberté" : 19h30
  • Conférence de Sylvain Tesson : 20h30 à 22h00
  • Questions du public : 22h00 à 22h30
  • Dédicaces de Sylvain Tesson : 22h30 à 23h00
  • Fin de la soirée : 23h00


Les livres proposés lors de la soirée

  • Lac Baïkal, Visions de coureurs de taïga (Textes de Sylvain Tesson, photos de Thomas Goisque)
    Lac Baïkal, Visions de coureurs de taïga
    Véritable mer intérieure, le lac Baïkal est le berceau de légendes sur la genèse du monde : les chamans le considèrent comme un de ses piliers énergétiques. Bénéficiant d’un microclimat, « l’œil bleu de la Sibérie » est un sanctuaire de la vie sauvage, qui abrite une exceptionnelle diversité d’espèces animales, dont le phoque et l’ours brun sont les plus emblématiques.
    Plus d'informations sur Transboreal.fr

  • Une vie à coucher dehors (Gallimard, 2009)

    Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages En Sibérie, dans les glens écossais, les criques de l'Egée ou les montagnes de Géorgie, les héros de ces quinze nouvelles ne devraient jamais oublier que les lois du destin et les forces de la nature sont plus puissantes que les désirs et les espérances. Rien ne sert à l'homme de trop s'agiter dans la toile de l'existence, car la vie, même quand elle ne commence pas très bien, finit toujours mal. Et puis une mauvaise chute vaut mieux qu'une fin insignifiante.

  • L'axe du loup : De la Sibérie à l'Inde, sur les pas des évadés du Goulag (Robert Laffont)

    Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages Pendant huit mois, Sylvain Tesson a refait le long voyage de la Sibérie au golfe du Bengale qu'effectuaient naguère les évadés du goulag. Pour rendre hommage à ceux dont la soif de liberté a triomphé des obstacles les plus grands, seul, il a franchi les taïgas, la steppe mongole, le désert de Gobi, les Hauts Plateaux tibétains, la chaîne himalayenne, la forêt humide jusqu'à la montagne de Darjeeling. À pied, à cheval, à vélo, sur six mille kilomètres, il a connu ce qu'il a cherché de plein gré: le froid, la-faim, la solitude extrême. La splendeur de la haute Asie l'a récompensé, comme les mots d'une très ancienne déportée heureuse de se confier à lui: "On a le droit de se souvenir."


  • Éloge de l'Energie Vagabonde (Editions des Equateurs, 2006)

    Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages J'irai de l'Aral à la Caspienne. Je gagnerai l'Azerbaïdjan à bord d'un ferry. De Bakou, je cheminerai vers la Turquie par la Géorgie. A pied, à vélo, je ne le sais pas encore, mais loyalement, sans propulsion motorisée. Au bout de ma route, j'aurai relié trois mers, abattant le même trajet que celui d'une larme d'or noir de la haute Asie convoyée à travers steppes et monts pour que le monde poursuive sa marche folle. Profitant de cette traversée de terres à hautes valeurs pétrolifère, je consacrerai mon temps d'avancée solitaire à réfléchir au mystère de l'énergie. celle que nous extrayons des strates de la géologie mais aussi celle qui attend son heure au plus profond de nous. Pétrole et force vitale procèdent du même principe : l'être humain recèle un gisement d'énergie que des forages propices peuvent faire jaillir. Pourquoi nos ressorts nous poussent-ils à l'agitation au lieu de nous convertir à la sagesse zen ?

  • Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages (Editions des Equateurs, 2008)

    Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages Sylvain Tesson est un écrivain voyageur. Un nomade, un vrai, pas un de ces faux aventuriers que fabrique la télévision. Sa carte de visite est longue comme un planisphère. Il a fait le tour de la terre à vélo, traversé les steppes d'Asie centrale à cheval, et, pour refaire le parcours des évadés du goulag, a randonné de la Sibérie jusqu'en Inde, à pied. Le soir, à l'étape, quelques mots dans un carnet lui suffisent pour embrasser un paysage, dire une rencontre, épingler l'instant vécu. Ses «Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages» (Editions des Equateurs, 11 euros) sont un régal de méditation vagabonde, une récréation de l'esprit. Ils ouvrent des portes insoupçonnées sur le rêve, la poésie ou les gaietés de l'absurde. «Le temps doit avoir quelque chose à se reprocher pour s'enfuir si vite.» «Le vertige est le parapet des suicidaires»: les brèves du marcheur enchantent.

Syvain Tesson dédicacera ses livres à l’issue de la conférence.


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